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JEANNE-PAULE HONORINE VISNELDA
29 juin 1922 - 15 août 1991

Une guérisseuse hors du commun

La vie de Jeanne-Paule  Honorine Visnelda...
Herboriste, magnétiseur, exorciste, médium.
Une réputation confirmée et médiatisée...

 

 

LA VIE DE JEANNE-PAULE HONORINE VISNELDA, DE L’ANONYMAT A LA CELEBRITE

* Jeanne -Paule Honorine, fille de l’Océan Indien

               Jeanne-Paule Honorine naît le 29 juin 1922 à Diego-Suarez. Son père Clémencin Honorine, originaire d’Etang-Salé-les-Hauts, est saunier sur la Grande Ile. Lors d’un séjour à la Réunion il épouse Agnès Faubourg, originaire de Saint-Joseph. Elle le suit à Madagascar. Après la naissance de Jeanne-Paule à Diego-Suarez, et celle de son frère à Dzaoudzi à Mayotte, la petite famille rentre à la Réunion. Clémencin Honorine a signé un contrat avec la société Robin pour créer la première saline à l’Etang-Salé-les-Bains.
            Simple, très pieuse, chanteuse et organiste, la maman de Jeanne-Paule dirige une petite école à Etang-Salé-les-Bains. Dès l’âge de sept ans la petite Jeanne chante avec elle et ce jusqu’à sa disparition, elle a alors 16 ans et demi. La vie coule, heureuse, dans la maison du bord de l’eau, espiègle la fillette bâtit des châteaux de sable sur la plage, pêche des petits poissons avec d’autres marmailles. Mais cette enfance facile est aussi une enfance studieuse et déjà au contact de sa grand-mère, Marie-Amédée, elle apprend à connaître les plantes et leurs vertus médicinales. Son père connaît aussi les secrets des plantes transmis par sa mère, rebouteux il est capable de réduire une entorse ou une fracture, il transmet son savoir à sa fille. Curieuse, Jeanne-Paule apprend aussi beaucoup auprès de monsieur Bothard, botaniste de Saint-Gilles. A l’école elle se passionne par l’étude des Sciences-naturelles.
              Le brevet élémentaire en poche, Jeanne-Paule suit les cours de sténodactylo à la chambre de commerce de Saint-Denis. Deux fois par semaine, levée à cinq heures du matin, elle fait le voyage en train jusqu’à Saint-Denis. Son diplôme de sténo-dactylo obtenu elle est sur le point d’avoir un emploi à la préfecture quand sa vie bascule.

* Les temps difficiles

           A 45 ans, après de violents maux d’estomac sa maman décède brutalement. 18 mois après Jeanne-Paule perd son père âgé de 50 ans. Elle se retrouve seule pour subvenir aux besoins de son frère et de ses quatre soeurs, à la fois orpheline et chef de famille.
          
Le docteur Edwards, médecin de famille, la fait entrer comme agent de bureau à la mairie de Saint-Louis, où elle travaille de 1943 à 1949. Elle rejoint alors la mairie d’Etang-Salé où elle gravit tous les échelons grâce à son travail et à sa volonté. Malgré ses tâches familiales et professionnelles elle trouve le temps de travailler par correspondance, elle réussit brillamment ses études. Elle est diplômée de l’Ecole Normale des Services municipaux de Paris, major de la promotion 1954, en 1962 elle réussit le concours de rédacteur. En 1967, elle est titularisée comme secrétaire général de mairie, sur le poste qu’elle occupe depuis 1961. C’est la première femme de la Réunion à obtenir ce poste.
         Le 21 février 1948, elle épouse Robert Visnelda, chauffeur-mécanicien aux Avirons, passionné de mécanique et de bricolage, son mari joue de l’accordéon et anime parfois les bals champêtres... mais c’est à un enterrement que les futurs époux se sont rencontrés. De leur union naissent
quatre fils.
        C’est en 1952 que Jeanne-Paule Visnelda a la révélation du don qu’elle possède.

* La découverte du don à 30 ans

              Jeanne-Paule Visnelda raconte : " J’étais affligée régulièrement de malaises. Je plongeais dans une sorte d’état semi-léthargique qui me rendait provisoirement inconsciente et insensible. Et puis un matin, j’ai entendu la voix. J’étais encore endormie mais j’étais sûre qu’on me parlait. On me conseillait de me soigner avec du matrécaire, la camomille-pays, précisait la voix, près de la grille du jardin. La voix m’a encore dit que je pourrais ensuite guérir les autres... je suis allée dans le jardin comme la voix me l’avait indiqué. Au pied de la grille, il y avait effectivement de la camomille. Ce n’était pourtant pas la saison. J’en ai fait une infusion, mes malaises ont disparu".

* Une vie consacrée au soulagement de la souffrance d’autrui

           Jeanne-Paule Visnelda essaie son don, d’abord c’est son voisinage immédiat qui en bénéficie bousculée par une vache la voisine souffre d’une vilaine entorse. "J’ai décidé de lui préparer des compresses de chiendent écrasé. Mais j’ai commencé par lui masser le pied qui s’est aussitôt dégonflé. Tout le monde a évidemment cru aux vertus des plantes, mais je savais bien moi que la guérison avait commencé avant que je n’applique les herbes. Croyez-moi j’en ai été la première étonnée".
          Très vite par le bouche à oreille le don de Jeanne-Paule Visnelda est connue à travers toute l’île. Les malades affluent. Madame Visnelda n’abandonne pas son travail, mais chaque soir de la semaine, sauf le week-end dès la sortie du bureau jusqu’à des heures très tardives au coeur de la nuit elle reçoit apaise et soulage ceux qui souffrent. La retraite arrivée elle poursuit sa mission de guérison jusqu’à l’extrême limite de ses forces.
        Epuisée par le travail, minée par le diabète, elle s’éteint au centre hospitalier de Saint-Pierre le 15 août 1991, jour de la grande fête catholique de l’Assomption qui commémore la montée au ciel de la mère du Christ, la Vierge Marie.

 

 

HERBORISTE,MAGNETISEUR,EXORCISTE,MEDIUM

* Jeanne-Paule Visnelda, portrait


Jeanne-Paule Visnelda.(Photo Quotidien)

Le portrait de Jeanne-Paule Visnelda se dessine en filigrane à travers les relations de la population réunionnaise et plus particulièrement celle d’Etang Salé au lendemain de sa mort : perçue comme : "une grande catastrophe" - "la disparition d’une tradition". 

           C’est "une grande figure qui disparaît" - "une femme formidable" - "un dévouement extraordinaire" - "une dame qui était toujours là, y compris dans les moments difficiles" - "A l’écoute des autres" - Cette disponibilité, cette présence aux autres, traversent toute la vie de Jeanne-Marie Visnelda.
           Imprégnée du double héritage que lui ont transmis ses parents, la foi catholique du côté maternel, la connaissance des plantes du côté paternel, bénéficiant d’un magnétisme exceptionnel, d’une grande résistance physique, d’une énergie inépuisable, elle s’emploie à soulager la souffrance humaine. Il y a chez elle une part de mystère, d’irrationnel mais aussi une profonde connaissance de l’homme.

* Un contexte favorable à l’exercice des dons

            Au carrefour de l’Afrique, de l’Asie et de l’Europe, la culture créole intègre les éléments croisés des différentes civilisations qui la façonnent au cours des temps. Par delà les effets de l’occidentalisation, les traditions perdurent et restent très vivaces. Quand la maladie frappe les familles, quand la médecine rationnelle s’avère impuissante et montre ses limites on frappe alors à d’autres portes. Le monde des esprits si présent dans la tradition africaine ou asiatique n’est jamais bien loin sur l’île. Au cimetière de Saint-Pierre la sépulture de Sitarane est toujours fleurie et garnie d’offrandes, un culte étrange se perpétue... Aux quatre coins de l’île fleurissent les sanctuaires dédiés à Saint-Expédit. Très populaire Saint-Expédit a, entre autre, le pouvoir de guérir. Il accorde ses faveurs généralement, mais ombrageux il ne tolère pas l’ingratitude de ceux qui oublieraient les promesses faites au moment de leur demande.
             Du voisinage au monde outre-océanique la clientèle de madame Visnelda s’est singulièrement élargie. La majorité des consultants, de toute condition sociale, vient de la Réunion du sud bien sûr, mais aussi de tous les points de l’île, y compris le cirque de Mafate. Mais ponctuellement, madame Visnelda soigne des Mauriciens, des Comoriens, des Malgaches, des Seychellois, des Européens et même des Américains.
           Chaque soir après le travail, dès 8 h 30 du matin lorsqu’elle est à la retraite, madame Visnelda reçoit, sur rendez-vous, une vingtaine de clients dans le cadre du "dancing les Flamboyants", propriété de son époux à Etang-Salé-les-Hauts. Lieu festif les samedi et dimanche, la grande salle du dancing se transforme chaque jour en véritable cour des miracles.


Jeanne-Paule Visnelda.
(Photo Journal de l'île)

            Les clients et ceux qui les accompagnent prennent place sur deux rangées de chaises se faisant face, au milieu des guirlandes et des photos légères qui décorent la salle de bal. Les portes restent larges ouvertes, les consultations sont ouvertes au public, en toute transparence elles sont gratuites. Dans un coin de la cour, une chapelle ardente, surchargée d’ex voto dédiés à Saint-Expédit, à la Vierge Marie, à Sainte Rita,... Là les clients peuvent déposer s’ils le souhaitent, leurs dons, dans un tronc.
Les plantes prescrites sont achetées à la tisanerie.

* Le don de guérir

            Profondément croyante madame Visnelda ne peut expliquer comment agit ce don pour elle venu de Dieu et révélé alors qu’elle a 30 ans. Elle lit beaucoup d’ouvrages médicaux, passe même un brevet de secourisme de la protection civile. Elle exploite au mieux le patrimoine botanique transmis de génération en génération.
           Herboriste, elle utilise les plantes médicinales, selon leurs propriétés curatives, en complément du magnétisme pratiqué lors des consultations. Les maladies qui relèvent des voies digestives comme les gastrites, les pancréatites, l’arthrose cervicale ou articulaire, les rhumatismes sont les maladies guéries avec le plus de facilité.
          Magnétiseur, elle décèle la maladie par simple imposition des mains. Elle peut alors soigner en faisant appel à la nature : les plantes qu’elle connaît parfaitement, ou en faisant appel à l’irrationnel : un sachet de sel bénit dans le coffre de la voiture d’un alcoolique invétéré.


Séances de passes magnétiques.
(Photo Journal de l'île)


"Mon magnétisme va au centre neurovégétatif, me revient par le courant énergétique du patient et je vois défiler dans mon esprit ces fameux clichés propres à me renseigner sur l’état du malade". Madame Visnelda connaît ses limites"... Le courant énergétique lorsqu’il revient déforme et contracte les tissus de trois doigts de ma main droite. J’ai remarqué lorsque j’examine une personne souffrant d’un cancer généralisé, mes doigts n’enflent pas, le magnétisme ne passe pas, la personne ne possédant plus assez d’énergie vitale pour que le "contact" s’établisse. Je me sens alors très fatiguée, à mon grand regret, à l’évidence je ne peux rien pour cette personne".
            Très vite arrive chez madame Visnelda une autre catégorie de clients, ceux qui se croient victimes d’un envoûtement, possédés par des esprits malins. Madame Visnelda devient alors exorciste. Utilisant tour à tour, les prières, la croix dont le rôle dans le film "l’exorciste" l’a beaucoup impressionnée, le sel, l’eau, le rotin bénits, elle soigne de nombreux clients. Elle distingue deux cas : "un cas psychologique, même en pleine crise, je ne ressens rien. Il me suffit d’envoyer du magnétisme au centre neurovégétatif et sur certaines parties du corps pour que le malade retrouve son état normal. Mais lorsqu’un trouble paranormal se présente, je ressens des vibrations nocives qui irradient à partir de la personne malade".
         Madame Visnelda intervient dans les cas de possession par les âmes des morts : "ce sont toujours les âmes de gens morts de mort violente, comme des pendus, des accidentés de la route, des noyés, des assassinés"... L’exorcisme est particulièrement difficile sur les esprits envoûtés par Joseph Sitarane. Quand le diable entre en scène madame Visnelda cède la place au prêtre catholique.
       Médium, elle peut exercer ses dons de voyance sans support, ni cartes, ni boules de cristal, ni mare de café pour lire l’avenir. Mais c’est un talent qu’elle exerce peu.

 

 

UNE REPUTATION CONFIRMEE ET MEDIATISEE DE L’ILE DE LA REUNION JUSQU’AU-DELA DES MERS

               Progressivement la réputation de madame Visnelda dépasse le cadre du bouche à oreille. Tour à tour les différents médias, presse, radio, télévision diffusent des articles, des émissions la concernant, dans un cadre d’abord local, puis régional, national, européen enfin voire mondial. Le milieu médical est directement concerné.

* A la Réunion

           Des médecins, généralistes, psychiatres assistent aux séances de madame Visnelda, reconnaissent son travail et aussi leurs propres limites : "nous avons perdu le pouvoir qu’elle a, le médecin n’est plus l’oracle auquel tout le monde croît... Les gens comme madame Visnelda ont un très grand pouvoir d’écoute et beaucoup de psychologie. Et dans les cas d’affections psycho-somatiques ça marche".
        Dans la plupart des cas de possession qui peuvent relever de l’hystérie, la grande foi des malades en elle et son très grand pouvoir d’écoute donne de bien meilleurs résultats que les produits chimiques des traitements classiques.
       Un psychiatre reconnaît que les possibilités du cerveau ne sont ni toutes connues, ni toutes exploitées dans le cadre de la médecine occidentale. Dans la tradition des civilisations asiatiques, la pratique de l’ascèse, un long et difficile cheminement spirituel permettent aux initiés indiens ou tibétains d’acquérir une maîtrise partielle de ces possibilités. Certaines personnes disposent sans doute d’aptitudes particulières.
      Les médecins, mais aussi les psychologues et les journalistes de tous bords, presse écrite, audiovisuelle s’intéressent à madame Visnelda. Très médiatisée, très sollicitée, elle participe à différents débats. Sur RFO, aux dossiers de l’écran, elle est présente aux côtés de psychiatres, de para psychologues, de représentants de l’Eglise et de la gendarmerie pour animer un débat "spécial sorcellerie".
              Sa réputation gagne les îles avoisinantes de l’Océan Indien et bientôt l’Europe.


Jeanne-Paule montre son livre d'or où figurent 
les témoignages de nombreux médecins.(Photo Quotidien)

* En Europe

             C’est en France essentiellement que madame Visnelda est connue et reconnue. A la fin des années 70, un professeur magétiseur d’Indre-et-Loire mesure son potentiel magnétique par le procédé de la règle de Turenne. Le corps médical apprécie : "madame Visnelda fait partie des grandes lignées de guérisseurs qui traitent à la fois l’âme, le corps et l’esprit, une grande leçon de modestie pour notre médecine occidentale, trop imbue d’elle-même". Le professeur Boussat, psychiatre des hôpitaux de Nice, lui rend hommage : "vous êtes un trait d’union entre la divinité et le matériel. Merci de nous rappeler que pour tout thérapeute il est souvent plus nécessaire de considérer que ce qui est important est ce que l’on est et non ce que l’on sait". Un psychiatre psychanaliste de l’INSERM à Paris assiste à une consultation : "Précision des questions, rapidité de la décision, présence soutenue, concentration puissante ; toutes ces qualités n’expliquent pas à elles seules le don de madame Visnelda dont nous avons vu la manifestation sur plusieurs malades".
              Elle sillonne la France, participe à de nombreuses conférences-débat, à Nice à l’hôpital Pasteur, à Paris, à Saint-Quentin invitée par les Rose-Croix... Elle consulte aussi, si on lui en fait la demande. Des articles de presse, des émissions radio lui sont consacrées. Ses activités sont présentées à la télévision dans l’émission de Jacques Martin "incroyable mais vrai".

La télévision allemande s’intéresse aussi à elle. De nombreux films la concernant sont tournés à Etang-Salé-les-Hauts. Quelques semaines avant sa mort, à la fin juin 1991, une équipe de TF1, filme pendant une semaine ses activités. Malgré sa grande fatigue madame Visnelda accepte les contraintes du tournage... disponible jusqu’au dernier instant.


(Photo Journal de l'île)

           En conclusion ce dernier témoignage d’une interne à l’hôpital Sainte-Anne de Paris : "Un don de psychothérapeute certain, une personnalité hors du commun dans l’île est indispensable à l’équilibre psychique de ceux qui viennent lui demander de l’aide".

 


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